Les étapes du GR11




J23 – Samedi 4 juillet 2009 : Cabane de Saunères (GR 10) -> Luchon

J’ai eu du mal à trouver le sommeil cette nuit. Cette fois, je sens que ma présence en montagne touche à sa fin, mes pensées commençant déjà à être rapatriées au pays… La météo ne s’améliore pas et des orages éclatent au petit matin. Il doit être 5 ou 6 heures du matin lorsque la pluie et le vent se déchainent, emportant l’avant de ma tente mal arrimé. A moitié endormi, j’ai juste le temps d’attraper de l’intérieur les arceaux et de les maintenir tant bien que mal cloués au sol. 20 minutes se passent ainsi à me battre contre les éléments déchaînés avant que ceux-ci ne se calment et que je puisse sortir arrimer la tente. Dans l’aventure, de l’eau s’est infiltrée à l’intérieur mais j’ai réussi à limiter les dégâts et je me recouche.

Lorsque j’entends que s'activent les pensionnaires de la cabane, il doit être 8h00. Je sors la tête pour jauger le ciel. Il est très chargé et, au loin, l’orage s’annonce à nouveau. Ni une ni deux, je replie rapidement la tente. Ce temps incertain n’incite pas à l’action et je déjeune calmement dans la cabane. Les trois jeunes anglais partiront les premiers. Loïc et Stéphanie attendent comme moi une éclaircie pour descendre sur Luchon. Soudain apparait un randonneur tout habillé de noir. Vêtements propres, pas une tache de boue sur le pantalon, un écouteur collé à son oreille, un appareil photo numérique et probablement un portable accrochés aux bretelles de son sac à dos et je distingue aussi ce qui doit être un GPS sur le dos du sac. Il s’arrête à quelques mètres de nous nous dit à peine bonjour. Il retire son oreillette (peut-être est-il en contact avec une équipe technique le guidant dans sa grande expédition ?), regarde sa montre, sort un PDA et à l’aide de son crayon numérique y note quelque chose. Sitôt sa mission accomplie, il refait les mêmes gestes en sens inverse et se remet en route. A moins que ce ne soit l’extraterrestre du GR 10...?

Autour de 9h30, nous démarrons en prenant un raccourci qui évite le village d'Artigue. Arrivés à Sole, un nouveau front de pluie se pointe à l’horizon. On entend une voiture… On lève le pouce et la chance nous sourit en la présence d’un randonneur qui nous charge jusqu’à la gare. Il était moins une, la pluie s’abat à nouveau… A la gare, je quitterai finalement mes deux jeunes amis qui continueront à randonner de cabane en cabane dans la montagne et me remets sur mon 31 avant de rentrer dans Luchon. Je retrouve cette ville avec son unique rue commerçante et son flot de touristes, consommateurs de souvenirs et de crèmes glacées… Mon train est à 21h36… Que c’est long une journée à Luchon !

L’heure de prendre mon train approche enfin et je récupère mon sac à dos placé en consigne dans un hôtel. En me dirigeant vers la gare, je retrouve le pensionné suédois croisé il y a une semaine à Val Ferrera. Après 10 jours de randonnée, il pue le bouc à faire fuir le berger ! Prétextant une température trop élevée dans son compartiment, je change de wagon dans le train qui nous mène à Toulouse… Les dieux sont avec moi car dans le train de nuit pour Paris nous ne partagerons pas le même compartiment !

J22 – Vendredi 3 juillet 2009 : Hospice de Vielha (GR 11) -> Cabane de Saunères (GR 10).

Il y a des chemins qui se croisent et se séparent… Buen camino, Alain, pour la suite ! Mon plan, ce matin, est de rejoindre en stop ou en transports en commun (Bus de la Compagnie ANSA - voir "Bon à savoir" en bas de page) le village de Fos en France et ensuite de parcourir à pied une étape du GR 10 jusqu’à Luchon où je prendrai le lendemain un train de nuit jusque Paris. Ce soir, je voudrais atteindre la Cabane de Saunères située à trois heures de Luchon. Je connais ce lieu pour y avoir terminé en juillet dernier un périple de trois semaines de rando sur le GR 10.Mais auparavant, il me faut traverser le tunnel de Vielha long de plusieurs kilomètres… Je me cherche des excuses pour ne pas m'y engouffrer : c'est bien trop de kilomètres pour une mise en jambe matinale mais surtout mon assurance rapatriement (que par ailleurs je n'ai pas souscrite, pauvre inconscient que je suis...) n'accepterait point de me rapatrier pour une action aussi risquée que téméraire qui, au mieux, m'affligerait d'un "bon cancer" du poumon... Ces deux arguments "implacables" feront l'affaire et je me retrouve vers 8h30 à faire du stop à l'entrée du tunnel. J’ai mis toutes les chances de mon côté pour être pris : je me suis mis sur mon 31 en abandonnant pour quelques heures mes oripeaux de SDF des montagnes… Ce matin très peu de voitures empruntent cette route mais après une demi-heure d’attente, un espagnol m’embarque et me dépose à un arrêt de bus à Vielha. Une vieille dame qui attend m’affirme que le bus de 10h00 va jusqu’à la frontière. J’ai trois-quarts d’heure d’attente, juste le temps de me prendre un café au bar en face… Pour 90 cents, le bus de 10h00 m’embarque mais son terminus est au village de Les d’où je fais encore du stop pour arriver à Fos en fin de matinée.A la sortie de Fos (544 m), direction le GR 10 où je réenfile mes guenilles. Je n’ai pas de carte, pas de topoguide, je croise les doigts pour que le balisage soit correct… Parfois, je me dis que si je savais d’avance ce qui m’attendait, je ne me mettrais pas en route. C’est le cas aujourd’hui où le GR 10 grimpe durant des heures et des heures sans que je n’en aperçoive le bout.
Tous les étages de végétation se succèdent : hêtraie, conifères, prairies, landes à rhododendrons… Je retrouve l'ambiance du GR 10 par l'intermédiaire des fronts de brume qui m’avaient si bien accompagnés l’an dernier et que je n’ai quasiment pas retrouvés, cette année, en Espagne sur le GR 11. On y voit à une vingtaine de mètres ce qui est juste suffisant pour distinguer les marques rouge et blanches du GR. Lorsque le rouge-gorge et le pinson des arbres font place au pipit spioncelle, je me dis que le sommet ne doit plus être très loin. Mais quand je crois l’atteindre, le chemin arrive à un replat avant de monter, encore et toujours… Des merles à plastron s’envolent à mon passage, je les distingue à peine, et ils sont rapidement avalés par le brouillard…Le sommet, enfin, lorsque j’atteints la crête des cigalères (2093 m), après un dénivelé de près de 1500 mètres ! Par moment, des moutons apparaissent puis disparaissent dans la brume emportant avec eux le carillon de leur cloche… Le GR 10 suit ensuite longuement la crête - qui matérialise la frontière avec l’Espagne – avant de redescendre, finalement, vers la Cabane de Saunères, mon objectif du jour, qui se dévoile petit à petit dans le brouillard.Deux jeunes français d’une vingtaine d’années – Stéphanie et Loïc - et un pensionné y ont élu domicile. Comme ce dernier, je préfère planter ma tente, malgré les risques d’orage. Je retrouve aussi la fontaine à 3 ou 4 minutes à pied de la cabane où je redécouvre le bonheur de l’eau après en avoir été rationné toute la journée.

Entre-temps, 3 jeunes anglais d’une quinzaine d’années sont arrivés à la cabane. Venant de
Benasques (Espagne), ils n’ont aucune carte, aucun topoguide et veulent rejoindre Fos. Il est 19h00. Nous les dissuadons de poursuivre ce soir alors que la brume recouvre les sommets, que la pluie risque à tout moment de tomber et qu’ici, ils ont toutes les facilités pour passer une nuit correcte (cabane, fontaine). La brume persistera toute la soirée, levant parfois un voile sur la vallée… Accompagné par le chant des grillons et des alouettes de champs, je complète mes notes. Demain, dernière journée en montagne…


Bon à savoir : Les horaires pour passer le tunnel peuvent être consultés sur le site de la compagnie ANSA > Itinéraires et horaires > Régionaux > Catalogne. Il faut ensuite introduire "Tunel Vielha n" (nord) <> "Tunel Vielha s" (sud) - ou l'inverse - et le(s) date(s) d'aller (de retour) pour obtenir les horaires pour passer le tunnel. Sinon, autre possibilité, le stop !

J21 – Jeudi 2 juillet 2009 : Cabane de berger hors GR -> Hospice de Vielha (Refugio Sant Nicolau)

Vers 7h00, Alain et moi nous redémarrons et laissons nos deux jeunes amis flamands qui préfèrent partir un peu plus tard de la cabane providentielle où nous avons passé la nuit. Nous redescendons par la piste avant que celle-ci ne remonte vers le Pontet de Rius. Là, des panneaux nous indiquent vers le sud le GR 11 qui mène au Refuge Restanca et vers l’ouest, un sentier qui monte vers le Port de Rius et qui rejoint ensuite le GR 11 après Restanca. La deuxième option est un raccourci et nous le prenons. Le pont est brisé et nous traversons la rivière un peu en amont. Ce sentier hors GR que nous empruntons est agréable, il grimpe de manière régulière et est bien marqué par des cairns.

Au Lac de Rius, Alain retrouve de vieilles connaissances, Martin et Julie, un couple d’allemands croisé précédemment à Andorre. En l’absence de vent, nous sommes assaillis par des nuées de moustiques qui s’abattent sur nous et tout en marchant, nos bras s’agitent dans tous les sens pour éloigner ces satanés insectes.

Si la première partie du chemin est un plaisir, la descente vers Vielha est infernale tant le chemin est obstrué de pierres sur lesquelles nos pieds viennent buter. Casse-pieds, c’est le terme ! Et puis voilà, c’est fini... Il est 15h30, j’arrive avec Alain à l’Hospice de Vielha (Refuge Sant Nicolau) qui marque l’étape médiane du GR 11 qui en compte environ 40. Nous sommes tous les deux épuisés par le rythme soutenu de 3 semaines de marche et je ne réalise pas trop que cette 21ème étape marque pour moi la fin de mon périple sur le GR 11. Dans deux jours, je retourne au pays. Les meilleurs moments de ces 3 semaines de marche défilent déjà à toute vitesse dans ma tête… Alain, lui, est à mi-parcours et continue en direction de l’Atlantique... Mais que cela se termine ou continue, pour l’un comme pour l’autre, ce moment se savoure autour d’una cerveza !

J20 – Mercredi 1er juillet 2009 : Refuge Malafré -> Cabane de berger hors GR

Premiers debout ce matin au refuge, les belges, à 6H00. Les premiers partis également, à 7h00. C’est la première journée que je ne marche pas seul et cela me fait du bien de papoter de temps à autre avec Alain et nos amis néerlandophones. Nous marchons chacun à notre rythme et nous retrouvons de temps à autre. Le GR longe le Lac Sant Maurici avant de grimper vers des cascades et ensuite le Port de Ratera avant de redescendre vers le barage et le Refuge de Colomers.
Les paysages traversés aujourd’hui sont paradisiaques, le GR longeant une série de lacs, plus beaux les uns que les autres. Assurément, l’un des plus beaux tronçons du GR. Nous arrivons vers 13h00 au Refuge Colomers où nous pique-niquons, face au lac.
Ensemble, nous décidons de prendre un autre tronçon du GR (et non la variante 18 du GR 11 décrite dans le guide). Ce tronçon est décrit dans le topoguide anglais de Dimitri et Jelle et, s’il est un peu plus long, il semble qu’il y ait moins de dénivelés… Avec le recul, je ne le pense pas car passé un premier col, le GR redescend fortement avant de remonter de plus belle vers un autre col où nous arrivons épuisés.
Au loin, dans la vallée que nous descendons, nous distinguons un petit lac de barrage et une maison à son bord. Peut-être un refuge ? Le pas s’accélère car il commence à pleuvoir. La maison est occupée par un jeune d’à peine 20 ans. Je lui demande: hay un refugio por aqui ? Si, abajo, me répond-il ! Plus bas, il y a en effet une cabane au bord du lac mais on se retrouve devant une porte close. On ne comprend pas… Il faut vite trouver un endroit pour se réfugier car la pluie approche. Apparaissent alors deux femmes dont les maris taquinent les poissons au bord du lac et qui vont rejoindre leur voiture, chassées par le mauvais temps. A la même question, l’une d’elle me répond qu’il y a en effet une sorte de refuge plus bas et comme c’est sur son chemin, elle nous y emmène. Nous avons le choix, elle nous désigne une grotte sur la gauche et une maison… en ruine sur la droite. Un lieu qui peut nous abriter le temps de la pluie mais pas un refuge au sens où on l’entendait… Nous choisissons toutefois la maison. Il ne reste que les murs extérieurs et les plafonds ont déjà rejoint depuis longtemps le rez-de-chaussée. Une annexe crasseuse recouverte partiellement d’un toit fera l’affaire le temps que la pluie passe… Il pleut, et paradoxe de la situation, nous n’avons plus d’eau potable ! Ne sachant pas combien de temps nous devrons passer dans cet endroit insalubre, nous bricolons un système pour récupérer l'eau du ciel à l’aide d’un grand sac en plastique et d’une gamelle. C’est à peine si nous récoltons quelques centilitres… Le plus gros de l’orage passe finalement plus loin et nous épargne, mais nous pressentons que le ciel couvert et la pluie modérée qui s’abat au-dessus de nos têtes sont installés pour quelques heures… Et impossible de dormir dans ce taudis, il nous faut donc redémarrer.
Nous suivons durant une vingtaine de minutes un sentier à flanc de colline qui rejoint plus loin une piste... et nous tombons nez à nez avec une maisonnette – une cabane de berger - … dont la porte n’est pas fermée à clé. Génial, un abri en dur, sec et propre ! Et avec une source d’eau potable, 20 mètres en aval de la maison, que nous renseignera le lendemain matin le propriétaire des lieux au ventre rebondi et au sourire ample ! C’est décidé, nous passerons la nuit ici. Flamands, francophones, wallon et bruxellois se retrouvent à nouveau pour une nuit ensemble…

J19 – Mardi 30 juin 2009 : la Guinguetta d’Aneu -> Refuge Ernest Malafré


Cette nuit à l’hôtel m’a requinqué. Et comme mise en jambes, une montée de plus d’une heure m’attend jusqu’au village de Jou. Je déchante ensuite car il me faut marcher sur le bitume sur plusieurs kilomètres. Tout en marchant je fais du stop. Trois voitures passent, aucune ne s’arrête…
¾ d’heure plus tard, le GR quitte la route et grimpe vers le village d’Estaïs avant de redescendre vers le camping la Mola alors que mon topoguide m’envoyait marcher erronément sur la route jusqu’à ce camping. Fort heureusement car Estaïs est un très beau village et j’évite ainsi plusieurs km de route !
Espot n’est plus très loin, 30 minutes tout au plus. Petit plaisir en arrivant dans ce village aux multiples magasins, hôtels et restaurants : je me prends un, que dis-je, deux cafe con leche à la terrasse d’un bar ! Les prochaines étapes ne présentent pas de possibilité de ravitaillement, aussi je fais le plein de provisions pour les trois prochains jours. A la sortie d’un magasin, je croise deux jeunes belges d’Anvers qui marchent aussi sur le GR.
Je quitte le village vers midi. Après quelques centaines de mètres de bitume, le GR se poursuit sur un sentier qui grimpe lentement vers le Parc d’Aigues Tortes. Je distingue déjà les superbes Aiguilles d’Encantats, l’un des points remarquables des environs qui domine le Lac San Maurici à l’eau si limpide qu’on y plongerait volontiers après des heures de marche.

Le temps est menaçant et bientôt l’orage s’abat en plusieurs vagues successives. Partout où je porte mon regard le ciel est couvert. Il est imprudent de monter plus haut ce soir, je change donc mes plans : j’irai dormir au Refuge Ernest Malafré. S’y trouvent déjà un groupe de randonneurs français accompagnés d'un guide de montagne, les deux jeunes belges néerlandophones croisés précédemment (Jelle et Dimitri), un autrichien, deux anglais et quelques espagnols… Et, arrivant plus tard que tous les autres, Alain, un francophone à la chevelure ébouriffée que je prends d’abord pour un français. Après quelques minutes de discussion : Ah bon, toi aussi t’es belge ? Lui de la région namuroise, moi de Bruxelles. Avec les deux flamands, la Belgique est bien représentée l’espace d’un soir par ses trois régions et deux de ses communautés, bien loin des problèmes institutionnels habituels ;-)

Bon à savoir : Contrairement à ce qu’indique le topoguide, le GR emprunte un sentier qui passe par le village d’Estaïs ce qui permet d’éviter de marcher plusieurs km sur la route !

J18 – Lundi 29 juin 2009 : LLeret -> La Guinguetta d’Aneu

Ciel couvert ce matin. Tant mieux pour marcher, en espérant que la pluie ne me tombe pas sur la tête. Après avoir replié et remballé mes affaires, je poursuis la piste qui grimpe vers les hauteurs et bientôt se transforme en sentier dans les genêts. Étonnamment, j’y entends des cailles des blés chanter. Caille des blés chez nous, caille des genêts ici ! J’atteins le Col de Jou (1838 m) où je me prends une pause de quelques minutes face à une nouvelle vallée qui s’offre à moi et dans laquelle le GR se poursuit. Monter, descendre… Encore et toujours.




J’arrive au Bordes de Nibros (1480 m), une poignée de granges dont certaines sont en ruine, au bord de la Ribera d’Estaon. Une demi-heure de marche plus tard, le village d’Estaon est en vue. Il s’y trouve un Refuge mais aussi les appartements touristiques « Casa Motxo » où j’atterris en cherchant un endroit pour me prendre un café. La propriétaire, une sexagénaire, m’accueille très gentiment chez elle et m’offre un café et des biscuits pour un prix modique. Je suis content de pouvoir pratiquer mon espagnol avec elle. Elle m’apprend que le hameau est essentiellement composé de secondes résidences. Comme trois autres personnes, elle vit ici toute l’année, été comme hiver.


Après cette pause réparatrice m’attend un dénivelé de 1000 mètres pour arriver au Coll del Caubo (2228 m) que j’atteins très péniblement. J’ai beau marcher depuis deux semaines, cela reste toujours une épreuve pour mes muscles et mon souffle, surtout l'après-midi, après quelques heures de marche. Se succèdent des versants secs herbacés, des landes à genêts et une forêt de pins présentant un important couvert de myrtilles et de rhododendrons. Comme la forêt traversée la veille, celle-ci présente des arbres tortueux couverts de lichens et d’innombrables arbres morts sur pieds ou couchés sur le sol. J’imagine y croiser un grand tétras ou un ours en maraude. Sait-on jamais… Aussi, je marche d’un pas léger et lent, en essayant de faire un minimum de bruit. Au col où j’arrive épuisé, le ciel est sombre et le tonnerre gronde de temps en temps, comme des coups de semonce. Je crains de me retrouver sous l’orage et j’accélère le pas dans la descente qui traverse encore de très belles forêts. De temps en temps les nuages crachent quelques gouttes de pluie mais les dieux me préservent pour le moment de l’ondée…
Dorve, un hameau sinistre composé essentiellement de maisons abandonnées ou en ruine est à deux pas et je m’y réfugie car je le sens, les nuages vont bientôt éructer toute l’eau qu’ils contiennent. Et pourtant, après une demi-heure de pause, toujours rien… et donc je redémarre. Mais voilà que le tonnerre gronde de plus belle. Aussi, j'accélère le pas... Je ne marche plus, je cours dans la descente.Encore 40 minutes et je suis à La Guinguetta d’Aneu. Il était temps car le front de pluie se rapproche à vue d’œil dans la vallée. Je me réfugie dans le bar-restaurant-hôtel Cases au bord de la nationale. Una cerveza, por favor ! Avec ce temps, je n’ai pas trop envie d’aller au camping… Je m’informe des prix des chambres : 19,46 euros TVAC ! De accuerdo ! Une bonne nuit en perspective… En tout cas, un bon bain chaud et un bon lit !

Bon à savoir : si l’envie vous prend d’aller au camping à la Guinguetta d’Aneu, sachez qu’en juin 2009 une nuit coutait 17 euros (alors que la moyenne, dans d’autres campings, est de 11 euros/personne/tente !) alors que pour quelques euros de plus vous pouvez avoir une chambre impeccable à l’Hôtel Cases (19,46 euros !).

J17 – Dimanche 28 juin 2009 : Areu -> LLeret (petit village après Tavascan)

Aujourd’hui, direction Tavascan, à 5h40 de marche. Première partie monotone qui emprunte une large piste forestière faisant des lacets à n’en plus finir avant d’emprunter un sentier sillonnant dans les forêts de pins. Je marche d’un pas monotone, pensif, quand traverse devant mes pieds un serpent que j’identifie rapidement comme étant une vipère aspic avec ses zigzags noirs sur le dos. Je dégaine mon appareil photo en un temps éclair et prend rapidement un cliché. Inquiète, elle s’est enroulée contre un pin et me fait face. Je m’approche et la photographie en zoomant au maximum tout en gardant une distance de sécurité d’environ 1 mètre, de crainte qu’elle ne se projette, gueule ouverte, en avant. Elle adopte une attitude de menace, souffle et suit le moindre de mes mouvements. C’est impressionnant. Je voudrais m’approcher plus près pour l’observer et la photographier dans de meilleures conditions mais je redoute par dessus tout sa morsure dans ce coin perdu du GR…
Plus haut, une autre surprise m’attend non loin du Col de Tuleda (2243 m) : des crottes, en plein milieu du chemin ! Oui, mais pas n’importe lesquelles, des crottes de grand tétras ! Cette espèce rarissime de gallinacé sauvage, de la famille des poules et des faisans, ne survit que dans quelques vieilles forêts retirées et bien préservées d’Europe. Et c’est vrai que les forêts, ici, ont des caractéristiques exceptionnellement « sauvages » : couvert herbacé important (rhododendrons, myrtilles…), abondance d’arbres morts et d’arbres couverts de lichens… Je camperais bien dans le coin pour essayer de voir cet oiseau mythique mais je sais que l’observer relève du miracle et qu’il vaut mieux aussi passer son chemin pour ne pas le déranger.


J’arrive au col quelques minutes plus tard d’où je distingue, en face, la vallée où je serai ce soir. Le GR se poursuit dans des landes à genêts avant d’aborder une piste forestière en lacets qui aboutit au village de Boldis Sobira. En chemin, j'observe de nombreux papillons profitant de l'humidité apportée par des flaques d'eau et par une crotte, peut-être de loup vu sa taille et sa forme.

Je suis accueilli à l’entrée de ce village par un merisier offrant ses fruits sucrés. Le village semble endormi… Le GR se poursuit par un sentier escarpé qui suit longuement la ligne de pente et traverse des habitats secs avant de redescendre vers Tavascan et son lac de barrage.

Il est environ 15h00.
Mes pieds sont épuisés, il est temps que j’arrive pour faire une pause dans l’un des bars du village. Deux randonneurs parisiens m’invitent à m’asseoir à leur table. Mais d'abord, una cerveza, por favor ! Nous papotons. L’un d’eux, un habitué de la rando en montagne, a emmené son ami pour qui la montagne est une grande première. Et pour lui faire découvrir la rando, il l’a emmené sur les sentiers HRP (Haute Randonnée Pyrénéenne), plus aériens que les sentiers du GR ! Après 3 jours, le débutant réalise que la montagne n’est pas une partie de plaisir. Il n’en peut plus et je lis même sur son visage un brin de « haine » contre son compagnon qui ne l’a peut-être pas suffisamment informé de ce qu’il l’attendait… En effet, débuter par un HRP lorsqu’on est novice, c’est peut-être le meilleur moyen d’être dégouté à vie de la montagne.
16h00, je redémarre avec l’objectif de marcher encore 1h30 pour prendre de l’avance sur mon étape de demain. J’arrive ainsi à Lleret et, passé le village, dans un tournant de la piste, j’arrive à un surplomb herbacé proche d’une bergerie qui domine la vallée. Le coin idéal pour y passer la nuit : terrain plat, beaux horizons... Il manque juste la fontaine d’eau fraiche. Je m’y installe…


Tout en déballant mes affaires, j’entends qu’un berger crie sur ses chiens. Il n’a pas l’air content. Visiblement ses acolytes ne travaillent pas comme il le voudrait. Cela n’a pas l’air facile... Peu après, le voilà marchant nonchalamment sur le chemin, précédé de ses deux chiens qui accourent avec curiosité vers moi. Je lis sur son visage l’épuisement. Le berger, la quarantaine, m’explique dans un bon anglais que depuis une semaine, son travail est éreintant car ses moutons, un cheptel de 200 têtes, veulent grimper dans la montagne et il doit absolument les retenir, les températures étant encore trop élevées et les mouches nuisibles au troupeau nombreuses là-haut. Et ce n’est pas facile de maintenir le cap avec un chien trop jeune et l’autre « qui ne comprend pas tout ». Il craint d’ailleurs d’avoir perdu quelques bêtes ayant filé à l’anglaise vers les sommets… Et si cela se vérifie, il devra alors monter à pied tout là-haut pour aller les rechercher. Et là, il est abattu…
Deux heures plus tard, il revient pour rentrer son troupeau à la bergerie. Et il craint le verdict du comptage… Mais après le décompte final, il s’avère que ses animaux sont au complet. Le sourire revient alors peu à peu et nous papotons longuement de randonnée qu’il pratique aussi dès que l’occasion se présente, avec des amis. Un berger des temps modernes !

J16 – Samedi 27 juin 2009 : Refuge Montfort -> Areu (camping)



Après une nuit dans cet agréable refuge de montagne, l’heure est venue de redescendre et de quitter ces paysages enchanteurs et ce logement de montagne****. Les paysages, en redescendant jusqu’à hauteur du refuge de Val Ferrera restent grandioses avec ses prairies montagnardes, ses rhododendrons se mélangeant aux pins et sa rivière éclatante. A hauteur de Val Ferrera où je fais une pause, je croise un suédois de 65 ans qui, malgré son âge, randonne et bivouaque en totale autonomie durant plusieurs jours sur le GR et les HRP des environs. Aurais-je encore cette capacité ou l’envie de faire de même lorsque j’aurai son âge ?

De Val Ferrera au village d’Areu, mes pas traversent des forêts de pins relativement monotones. Je ne suis pas mécontent d’arriver au camping d'Areu car mes vêtements « transpirent » littéralement. Priorité des priorités, une douche et la lessive, of course ! L’après-midi se passe calmement au camping avec une incursion au village pour faire le plein de victuailles pour les prochains jours.

Le soir, le courage me manque et je m’enfile une pizza – médiocre – au bar resto du camping alors que c’est d’une énorme salade dont je rêve… Contradictions, quand tu nous tiens… Je veux me coucher tôt mais c’est sans compter sur la présence en cet fin de semana d’un groupe de jeunes espagnols particulièrement bruyants qui firent la fiesta jusqu’à minuit. Ras le bol, des campings dont le seul intérêt finalement est de pouvoir prendre une douche. Demain, c’est décidé, je bivouaque !

J15 – Vendredi 26 juin 2009 : Arans -> Arinsal (Andorre) -> Refuge Montfort (ou de Baiau)

Ce matin, le ciel affiche une coloration plutôt bleue. Je savais la montée vers le Col de les Cases (1958 m) difficile, mais une heure de grimpette dans une pente à 45°, c’est de nature à me casser pour le reste de la journée. Mais mes muscles sont à présent huilés et je ne ressens plus les tensions musculaires des premiers jours. De l’autre coté du col, la descente vers Arinsal aurait été un enfer en temps normal mais là aussi mes muscles et mes pieds ont eu le temps de s’adapter à toutes ces situations. Le paysage est assez monotone et sans grand intérêt paysager...

Arinsal
, 9h30… Une station de sport d’hiver peu fréquentée en ce moment. J’ai déjà usé deux pantalons dont celui que je porte qui présente un trou de plus de 10 cm sur mes fesses. Je ne le remarque pas… mais je dois avoir un air de clochard des montagnes. Aussi, je rentre dans le premier magasin de sport et m’achète un pantalon flambant neuf !
Le plus dur mais aussi le plus beau reste à faire : deux heures de montée dans de très beaux paysages jusqu’au Collet de la Coma Pedrosa, à 2230 m, où se trouve le refuge du même nom, mais j’ai décidé que mes pas devaient me mener aujourd’hui au Refuge libre Montfort (ou Baiau), de sorte que mes efforts ne sont pas terminés…

Encore au moins 2 heures pour atteindre le Port de Baiau (2657 m) et quitter Andorre, non sans passer par le superbe Estany negre (2629 m) encore bordé de névés qu’il me faut traverser. Le ciel est menaçant mais je veux absolument atteindre mon objectif. Arrivé au col, je vois au loin le refuge, une sorte de boite de conserve métallique.

La descente pour l’atteindre est un peu laborieuse car les névés recouvrent les marques du GR… Je vais à l’instinct tout en essayant de suivre d’anciennes traces de pas dans la neige. Il n’est pas encore 17 heures quant j'y arrive. S’y trouvent deux jeunes allemands et deux anglais plus âgés qui parcourent le GR 11 dans le sens opposé au mien. Le Refuge Montfort est une sorte d’armature métallique arrimée au sol par de gros câbles d’acier. Il me plait tout de suite : 9 couchettes spacieuses avec matelas, un coin cuisine propre, espace lumineux… Assurément la meilleure étape de mon périple !

Bon à savoir : Le Refuge libre Montfort (gratuit) présente 9 couchettes spacieuses avec matelas propres, un coin cuisine propre, lumineux… Mon coup de cœur du GR 11 !